Le Grand Conseil fribourgeois s’est récemment penché sur deux textes majeurs pour l’avenir de la politique culturelle cantonale :
la loi sur les institutions culturelles de l’État (LICE) et la loi sur l’encouragement des activités culturelles (LEAC). J’ai eu l’occasion d’intervenir sur ces deux actes, qui poursuivent un objectif commun : adapter notre cadre légal à l’évolution des pratiques culturelles, clarifier les rôles entre l’État, les régions et les communes, et renforcer la cohérence de l’action publique en matière de culture. Sur ces bases, le groupe PLR-PVL a soutenu l’entrée en matière sur les deux projets.
La LICE : moderniser sans centraliser
La LICE répond à une nécessité largement partagée : les institutions culturelles de l’État ont vu leurs missions évoluer.
Elles ne sont plus de simples prestataires, mais des acteurs centraux de l’accès à la culture, de la formation artistique, de la médiation et de la sauvegarde du patrimoine. Cette loi modernise un dispositif qui avait fait son temps, clarifie la gouvernance et renforce le rôle d’impulsion et de coordination du canton — sans centralisation excessive ni remise en cause de l’équilibre entre les niveaux institutionnels.
Le Conservatoire : une question d’égalité d’accès en Veveyse
Le Conservatoire constitue une illustration très concrète des enjeux portés par la LICE. Dans les districts disposant d’un site unique, clairement identifié, la fréquentation est plus élevée et l’offre plus accessible. À l’inverse, en Veveyse, l’absence d’un tel site se traduit par une fréquentation nettement inférieure en proportion de la population. Ce déséquilibre n’est ni anecdotique ni acceptable à long terme. La Veveyse a clairement exprimé sa volonté de disposer, elle aussi, d’un site unique du Conservatoire. Les difficultés rencontrées avec le projet de la Maison des Amériques sont regrettables, mais elles ne doivent pas enterrer cette ambition. Si l’on veut garantir une véritable égalité d’accès à l’enseignement artistique sur l’ensemble du territoire cantonal, l’État doit assumer un rôle proactif d’impulsion et d’accompagnement, afin que la Veveyse puisse bénéficier des mêmes conditions que les autres districts. C’est précisément ce que permet la LICE : créer des conditions-cadres favorisant des solutions territoriales cohérentes, lisibles et adaptées, sans imposer un modèle unique, mais en corrigeant des déséquilibres manifestes.
La LEAC : un bon projet, mais un désaccord sur le financement
La LEAC, fruit d’un long travail participatif, va elle aussi dans la bonne direction. Elle tient compte de la diversité de la culture fribourgeoise, de son ancrage régional, de son bilinguisme, et du dialogue permanent entre pratiques professionnelles et amateures. Le groupe PLR-PVL a toutefois exprimé un désaccord clair sur un point central : l’introduction, à l’article 15, d’une logique d’augmentation du subventionnement culturel. Notre position était cohérente et assumée : soutenir la culture ne signifie pas entrer dans une dynamique d’augmentation automatique des moyens, surtout dans un contexte budgétaire contraint. Une politique culturelle crédible suppose des priorités claires, des soutiens ciblés et le refus d’une politique de l’arrosoir qui disperserait les ressources sans renforcer l’impact culturel. Sur ce point, la majorité du Grand Conseil a fait un autre choix.
L’augmentation du subventionnement a été acceptée, contre la prise de position du groupe PLR-PVL. Nous en prenons acte, tout en maintenant notre conviction qu’un cadre clair et stable est préférable à une inflation structurelle des financements.
Patrimoine culturel immatériel : un engagement fort et concret
Là où un large consensus a pu émerger — et où mon engagement a été particulièrement marqué — c’est sur la reconnaissance du patrimoine culturel immatériel.
Ce patrimoine, ce sont les traditions vivantes :
les fanfares, les chorales, les troupes de théâtre amateur,
les fêtes locales, les pratiques transmises,
le bénévolat, l’ancrage local et la transmission intergénérationnelle.
Ces formes culturelles ne se conservent pas dans des vitrines. Elles vivent parce que des femmes et des hommes s’engagent, souvent bénévolement, pour faire tenir le tissu social et culturel de nos communes.
La commission a clairement identifié une tension : les instruments d’encouragement sont encore largement conçus pour des structures professionnalisées, alors que le patrimoine immatériel repose sur d’autres équilibres. Le risque était réel de reconnaître ces pratiques dans la loi… sans leur donner une place équitable dans les mécanismes de soutien.
Deux amendements acceptés pour mieux valoriser les traditions vivantes
Pour répondre à cette réalité, trois amendements ont été déposés afin :
- d’éviter des critères trop uniformes,
- de reconnaître explicitement l’engagement bénévole et la transmission,
- de garantir une appréciation spécifique des projets liés au patrimoine culturel immatériel.
Deux de ces trois amendements ont été acceptés par le Grand Conseil.
Ils constituent une avancée importante. Ils n’introduisent ni nouveaux droits subjectifs ni charges financières automatiques, mais traduisent juridiquement des constats largement partagés : toutes les formes de culture ne fonctionnent pas selon les mêmes logiques, et la loi doit en tenir compte.
Soutenir ce qui rayonne… et ce qui relie
Ces débats montrent qu’une politique culturelle équilibrée ne se limite pas à ce qui innove ou rayonne à grande échelle.
Elle doit aussi soutenir ce qui relie, ce qui transmet, ce qui fait vivre une identité locale et une cohésion sociale durable.
Même si nos positions n’ont pas toujours été suivies, notamment sur le financement, l’adoption d’amendements en faveur du patrimoine culturel immatériel démontre qu’un travail de fond, exigeant et non idéologique peut porter ses fruits.
C’est cette vision responsable, attentive aux réalités du terrain et respectueuse des traditions vivantes que je continuerai de défendre.

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