J’ai soutenu la motion pour une interdiction de l’utilisation des téléphones portables et autres appareils électroniques des élèves dans l’enceinte de l’établissement scolaire. Cette motion envoie en effet un message simple, clair et compréhensible par tous. Élèves, parents, enseignants : chacun saura ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. Elle met fin aux zones grises, aux interprétations divergentes et aux règles variables d’un établissement à l’autre. Un cadre uniforme pour l’ensemble de l’école obligatoire, c’est une question d’égalité de traitement, de cohérence institutionnelle et de crédibilité. Et soyons clairs : ce cadre n’interdit pas l’usage pédagogique du téléphone. Il le place là où il a du sens : sous la responsabilité de l’enseignant.
Rappelons une évidence trop souvent oubliée : l’école ne demande pas aux élèves d’apporter un téléphone portable. Pourtant, elle doit en gérer les conséquences, chaque jour. Le téléphone est un objet privé introduit dans un espace public et éducatif. Dès lors qu’il est utilisé dans l’enceinte scolaire, la responsabilité retombe sur l’établissement, les directions et les enseignants — souvent sans règles claires, parfois sans filet.
Les risques, eux, sont parfaitement identifiés : mauvais usages, accès précoce et incontrôlé aux réseaux sociaux, conflits, harcèlement. Les professionnels tirent la sonnette d’alarme depuis longtemps.
Les écoles n’ont pas attendu cette motion pour agir. Prévention, projets pédagogiques, éducation au numérique : le travail est réel, avec le soutien de la Direction de la formation, que l’on peut remercier. Alors oui, renforçons la prévention — mais soyons cohérents. On ne peut expliquer les dangers des écrans tout en laissant leur usage libre et permanent dans l’enceinte scolaire.
Avec un téléphone portable, on peut filmer, photographier, enregistrer, diffuser — parfois à des fins totalement inappropriées. Les atteintes à la sphère privée, les conflits entre élèves et les mises en cause de la responsabilité des écoles sont bien réelles. Protéger les élèves est pourtant une mission de l’école. Mais on ne peut pas protéger efficacement sans règles claires.
C’est vrai, la politique hésite parfois à intervenir dans la sphère privée — et c’est légitime. Mais ici, nous ne sommes pas dans le privé. Nous sommes dans l’école. Un espace public, éducatif, structurant. Et c’est précisément là que nous pouvons — et que nous devons — agir. Les écoles doivent redevenir pleinement des lieux d’apprentissage, mais aussi des lieux où l’on apprend à vivre-ensemble.
Or, nous voyons apparaître chez de nombreux élèves de fortes difficultés relationnelles : gestion des émotions, frustration, attente, désaccord. Ces compétences ne s’acquièrent pas seul, dans une bulle numérique, les yeux rivés sur un écran. Elles s’apprennent en vivant des situations réelles : en discutant, en jouant, en coopérant, en se confrontant aux autres. La présence constante du téléphone crée un retrait social. Elle enferme les élèves dans une bulle numérique et appauvrit les interactions — y compris durant les pauses, pourtant essentielles. Combien de jeunes, physiquement côte à côte mais socialement absents, chacun absorbé par son écran, sans regard, sans parole, sans échange, avons-nous tous déjà observés ? À long terme, cela fragilise la capacité à entrer en relation, à gérer les conflits et à faire société. Fixer des limites à l’usage du téléphone, ce n’est donc pas revenir en arrière. C’est redonner de la place à la relation humaine, au respect, à la coopération — au cœur même de la mission de l’école. Interdire l’usage des téléphones portables et autres appareils électroniques dans l’enceinte scolaire, c’est protéger à la fois les élèves et l’institution. C’est poser une frontière claire entre la vie privée numérique et le cadre scolaire.
En acceptant cette motion à une large majorité, le Grand Conseil fribourgeois a envoyé un signal fort :
- le temps scolaire n’est pas le temps des écrans sans accompagnement ;
- l’école n’est pas une extension des réseaux sociaux ;
- poser des limites, ce n’est pas reculer : c’est guider et protéger.

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