Tout concours d’architecture commence par une intuition, un besoin, une vision à traduire en espace. Celui-ci n’a pas fait exception. Cela fait plusieurs années que l’on en parlait, que l’on réfléchissait, que l’on planifiait… Et enfin, ce projet — celui d’un centre de natation et d’une salle de sport triple pour le district de la Veveyse — a pris forme. Il répond aux besoins de nos élèves, du primaire et du secondaire, ainsi que de la population et des clubs sportifs de la région.
Ce concours représente aussi une étape importante dans l’histoire de notre association. C’est le deuxième que l’Association des communes pour le cycle d’orientation de la Veveyse lance en onze ans. Ce n’est pas anodin. Cela témoigne d’un engagement fort en faveur d’une démarche ouverte, exigeante, rigoureuse — celle du concours d’architecture. Une démarche fondée sur un principe simple : faire confiance à l’intelligence collective, à la créativité des équipes pluridisciplinaires, et à un jury chargé non pas de valider des évidences, mais d’ouvrir le champ des possibles.
Car au départ, soyons honnêtes, les choses semblaient assez claires. Le maître d’ouvrage avait, à l’interne, exprimé une préférence : celle d’une superposition des deux programmes — le centre de natation en dessous, la salle de sport au-dessus. C’était logique, compact, rationnel. Nous avions même demandé — et obtenu après moult péripéties— la modification du plan d’aménagement de détail du secteur concerné, afin que les hauteurs autorisées permettent de réaliser cette superposition.
Mais le concours nous a appris autre chose. Il nous a montré une autre évidence. Une juxtaposition, posée à l’horizontale, pouvait être une réponse bien plus pertinente : plus simple à réaliser, probablement moins coûteuse, plus lisible pour les usagers… et malgré tout, ouverte vers l’avenir. Car cette disposition laisse en effet place au développement d’un parc, à l’aménagement futur d’un bassin naturel extérieur mais aussi à une respiration urbaine que la superposition n’offrait pas.
C’est là, précisément, que réside toute la valeur d’un concours : faire évoluer ce que l’on croyait acquis, non pas par rupture, mais par évidence.
Le travail du jury a suivi cette logique. Pas à pas. Avec rigueur, méthode, et la conscience aiguë de notre responsabilité envers les nombreux participants. Et lorsqu’il y a 52 projets en lice, et que l’on sait d’avance qu’il n’y aura qu’un seul lauréat et quelques projets primés, nous avons la certitude de faire de nombreux déçus. Il s’agit donc de réaliser ce travail d’analyse avec le plus grand des sérieux.
Nous nous sommes réunis à trois reprises, dans ces locaux chauffés bien au-delà du raisonnable par la canicule (ça se sent encore un peu), sans que cela n’entame toutefois notre capacité à réfléchir. Deux journées en juin et juillet, puis une ultime séance, le 10 juillet, pour finaliser nos délibérations. Trois journées intenses. Car juger, ce n’est pas simplement trier, c’est écouter, comprendre, interroger ce que chaque projet a à dire. Parfois entre les lignes. Sur la base d’un plan, d’une description, d’une maquette.
Dès la première séance, nous avons pris connaissance du rapport technique. Une étape essentielle, quoiqu’un peu ingrate. Elle nous a conduit à écarter certains projets. Non parce qu’ils manquaient de qualité, mais parce qu’ils ne respectaient pas les règles du jeu : hauteurs insuffisantes, distances non respectées, éléments absents.
Puis vinrent les tours de jugement. Le premier, pour s’imprégner, sentir ce qui émerge. Certains projets se sont détachés immédiatement, d’autres se sont effacés plus discrètement. Le deuxième tour a permis d’affiner l’analyse, d’évaluer les logiques constructives, les ambitions de durabilité. Le troisième tour, enfin, a permis de resserrer encore le champ, jusqu’à une sélection de sept projets.
Et là, nous avons relu. Même les projets éliminés. Pour être sûrs. Pour rester justes. C’est une forme d’éthique : ne rien balayer d’un revers de main.
Puis vint le moment du choix. Et ce choix, nous l’avons fait à l’unanimité.
Le projet Papillon s’est imposé.
Non pas comme un coup de cœur soudain, mais comme une évidence construite. Projet après projet, critère après critère.



Papillon propose un bâtiment posé, découpé en redents, à l’interface entre le parc sportif du Lussy et la ville de Châtel-St-Denis. Il prend le temps d’accueillir. Il ne s’impose pas. Il s’inscrit. Il épouse les lignes du terrain, dialogue avec les cheminements. Et surtout, il ménage des espaces — un parvis d’entrée, une place logistique, un parc autour d’un éventuel bassin naturel. Des respirations, des invitations à circuler, à s’arrêter, à regarder.
L’architecture est sobre, précise. Le bois, pré-grisaillé, affirme une identité cohérente avec le site. Mais plus encore que l’image, c’est l’organisation du projet qui a convaincu. Dès l’entrée, le visiteur comprend où il est. Il voit la salle, devine la piscine, perçoit le parc. Les usages sont lisibles. Les flux sont clairs.
À ce stade, bien sûr, le projet n’est pas figé. Il devra encore être affiné, précisé, ajusté. Ce travail se fera en étroite collaboration avec le lauréat et les mandataires, les futurs utilisateurs, les services techniques — car c’est dans l’usage quotidien que se jouent la pertinence et la durabilité d’une infrastructure publique.
Pour le maître d’ouvrage, au-delà du coût de construction — certes important, puisqu’il sera soumis à un vote populaire — c’est bien le coût d’exploitation, sur le long terme, qui pèsera durablement sur les finances de nos neuf communes. Et nous avons la responsabilité de l’anticiper dès maintenant.
C’est pourquoi nous avons choisi, dès les premières phases du concours, de nous entourer d’un spécialiste de la planification d’infrastructures sportives et d’espaces de mouvement. Son expertise nous a été précieuse jusqu’ici, et nous avons l’intention de poursuivre cette collaboration dans les prochaines étapes.
Mais l’essentiel est déjà là. L’ossature est solide. Le projet est mûr. Il a une logique, une colonne vertébrale, un avenir.
Structurellement, le choix du bois, associé à un socle en béton, offre une combinaison intelligente de robustesse et de durabilité. Et notre district, qui ne manque ni de forêts, ni d’entreprises travaillant le bois, ne pouvait faire l’impasse sur ce matériau.
Sur le plan énergétique, l’apport de lumière naturelle, la ventilation, le chauffage à distance et le recours au photovoltaïque démontrent une volonté vraie de respecter notre environnement.
Et puis, au passage, nous avons appris quelque chose que peu d’entre nous soupçonnaient : le sous-sol du Lussy repose sur une couche de molasse bien connue des géologues — les poudingues du Mont-Pèlerin. Une roche compacte, redoutée des entreprises de terrassement, qui pourrait bien faire grimacer plus d’un foreur… Une anecdote géologique, certes, mais qui illustre à quel point chaque détail compte dans la réalisation d’un projet de cette envergure. Sur ce plan aussi, le lauréat a su éviter les pièges.
Et surtout, le projet reste dans une économie maîtrisée des surfaces et des volumes. Il ne sacrifie ni la qualité, ni la faisabilité.
Alors oui, Papillon est un beau projet. Mais ce n’est pas pour cela qu’il a terminé en tête.
Il en fut ainsi parce qu’il raconte quelque chose. Parce qu’il respecte le site. Parce qu’il prépare l’avenir. Et parce qu’il montre que la simplicité, lorsqu’elle est bien pensée, est souvent plus forte que la complexité.
C’est donc à l’unanimité que le jury a attribué au lauréat le mandat d’architecte.
Je souhaite remercier très chaleureusement les auteurs de ce projet, et leur dire notre admiration pour la clarté, l’intelligence et la cohérence de leur proposition.
Vous avez remarqué que je n’ai pas, jusqu’ici, mentionné le nom du lauréat. Je voulais ainsi vous mettre dans la peau des membres du jury qui, à ce stade des délibérations, ne le connaissait pas. Ce n’est qu’à l’issue du classement qu’il fut enfin temps de lever l’anonymat des concurrents. J’ai eu la lourde responsabilité d’ouvrir les enveloppes et d’annoncer le lauréat, des projets primés puis le nom des 45 autres concurrents. Et ce lauréat n’est autre que le même bureau qui, il y a onze ans, avait remporté le précédent concours lancé par notre association.
Un hasard. Une coïncidence. Mais un hasard qui n’a pas manqué de nous étonner. Car il faut le dire avec franchise : lors de l’extension et de l’assainissement du CO de la Veveyse, le maître d’ouvrage n’a pas toujours été sur la même longueur d’onde que son mandataire. Comme dans tout projet de cette envergure, un investissement d’un peu plus de 30 millions de francs, il y a eu des échanges vifs, des exigences fortes, et parfois quelques nuits blanches pour la commission de bâtisse comme pour nos mandataires. Il n’a pas toujours été facile, non plus, de parler la même langue : celle de l’architecte, qui défend une vision, une cohérence artistique, et celle du maître d’ouvrage, qui pense au quotidien, à l’exploitation, aux réalités budgétaires et techniques.
Mais aujourd’hui, avec le recul, je suis heureux de ce hasard. Car j’ai l’habitude — et peut-être le défaut — d’être optimiste. Et je le pense sincèrement : travailler avec quelqu’un que l’on connaît déjà, c’est aussi une forme de sécurité. On sait à quoi s’attendre. On connaît les forces, on mesure les marges de progression. Et surtout, on peut construire sur l’expérience passée.
Car, quoi qu’on en dise, je crois que le lauréat nous a entendus. Peut-être même compris. Et c’est sans doute aussi pour cela que son projet a trouvé un tel écho en nous. Son expérience avec nous lui a sans doute permis, comme le disait l’une des membres du jury, de se glisser un peu dans notre tête. Et cela, à mes yeux, est très positif.
Alors je tiens ici, au nom du jury, à féliciter chaleureusement le bureau D4 Atelier d’Architecture SA à Lausanne pour ce projet remarquable.
Je me réjouis sincèrement de cette nouvelle collaboration, et je suis convaincu que nous saurons, cette fois, parler la même langue.
Cher lauréat, le projet Papillon vous appartient. Le mandat vous revient. Et c’est désormais à vous, avec les partenaires différents partenaires que reviendra la tâche de le réaliser, en étroite collaboration avec le maître d’ouvrage, les exploitants et les utilisateurs, de faire naître ce projet, de le rendre concret, fonctionnel, beau et durable.
Je tiens aussi à saluer tous les autres participants. Car juger, c’est aussi écarter. Et cela ne signifie jamais que ce qui n’a pas été retenu est sans valeur. Bien au contraire. De nombreux projets portaient en eux des idées fortes. Mais il leur manquait un petit quelque chose, voire un peu plus, pour remporter la palme.
Je remercie mes collègues du jury pour leur rigueur, leur écoute, leurs convictions — et en particulier les membres professionnels, dont j’ai beaucoup appris. Je remercie tout spécialement M. Page pour son accompagnement tout au long du processus, ainsi qu’Éric Berthoud et le service technique de l’ASSCOV pour les aspects logistiques.
Et ce soir, nous le savons : nous avons ensemble posé la première pierre d’un projet qui fera, j’en suis certain, la fierté de la Veveyse. Merci à nos communes de nous avoir fait confiance dans ce premier pas. Sachez que comme de coutume, nous nous en monterons digne, en faisant tout ce que nous pouvons pour respecter les budgets et éviter les crédits complémentaires.
Nous allons maintenant procéder à la remise des prix, en commençant par le dernier projet primé.
Après délibération et à l’unanimité, le jury a établi le classement suivant :
7ème rang, 6ème prix Fr. 22’000.- HT GINKGO
– INDEX architectes, Lutry
– Bosson ingénieurs conseils, Romont
– Jaquet-Helfer, Bulle
– NBR consulting, Le Mouret
Le projet n°32, Ginko, se distingue par sa répartition horizontale sur le site, sa fragmentation maîtrisée en volumes bien identifiables, et un effort marqué d’intégration paysagère. Il libère un bel espace de détente au sud, protégé et lumineux. L’usage du bois est généreux, la matérialité douce, et la compacité des circulations fonctionnelles. Nous nous sommes toutefois questionnés sur la fluidité des parcours, en particulier autour des bassins. Mais le projet dégage une belle atmosphère et un soin évident porté à l’usage et à l’ambiance.
6ème rang, 5ème prix Fr. 24’000.- HT LUCY
– Derendinger Jaillard Architectes SA, Zürich
– Schnetzer Puskas Ingénieurs SA, Berne
– Pilloni Paysage et Urbanisme sàrl, Zürich
– Ramon Subirà, Paysagiste, Zürich
Le projet n°33, Lucy, fait preuve d’un grand sens de la composition en plaçant un bâtiment compact à l’est du site, pour mieux dégager un vaste jardin au sud-ouest. Il tire parti de la pente, minimise l’emprise au sol et propose une belle continuité entre les espaces aquatiques intérieurs et extérieurs. Le travail en coupe est habile, les circulations bien pensées, et l’ambiance intérieure baignée de lumière. Nous avons relevé quelques imprécisions dans la gestion des parcours ou dans l’intégration de certains murs techniques nuisant à la qualité de l’ensemble, mais c’est un projet élégant, bien intégré et prometteur.
5ème rang, 1ère mention Fr. 26’000.- HT EQUILIBRE
-TRANSLOCAL ARCHITECTURE GMBH, Berne
– Petignat & Cordoba ing. conseils SA, Montreux
Le projet n°14, Équilibre, porte bien son nom. Il propose une composition maîtrisée, en trois volumes de hauteurs différenciées, parfaitement ancrée dans le paysage veveysan. L’articulation des volumes, la clarté des flux, et la relation douce entre intérieur et extérieur témoignent d’une grande sensibilité architecturale. Ce projet offre aussi une belle performance énergétique avec une toiture photovoltaïque généreuse et une construction essentiellement bois. Nous avons trouvé quelques zones d’ombre dans le secteur des vestiaires, mais l’ensemble est harmonieux, simple et efficace.
4ème rang, 4ème prix Fr. 28’000.- HT Glaçon
– Atelier Pietrini Sàrl, Neuchâtel
– Timbatec ingénieurs bois SA, Delémont
Le projet n°3, Glaçon, assume une posture très affirmée. Compact, pur, cristallin, il se présente comme un objet fort dans le paysage, au cœur du parc. Il réussit la gageure d’une superposition très lisible des fonctions, avec des flux bien organisés et des solutions astucieuses pour les vestiaires, les circulations et les liaisons entre les niveaux. L’image architecturale, simple et radicale, en fait un repère visuel puissant. Certains espaces – comme les silos ou la cafétéria – n’ont pas convaincu mais c’est un projet marquant, réfléchi et cohérent.
3ème rang, 3ème prix Fr. 34’000.- HT TOBOGGAN
– KADID STUDIO GMBH, Bâle
– Bollinger + Grohmann sàrl, Paris (FR)
– Apostolopoulos Tasoulis, Kallithea (GR)
– Quantum Brandschutz gmbh, Bâle
Le projet n°52, Toboggan, porte bien son nom : il joue avec les lignes, les pentes, et propose un bâtiment dynamique, décalé dans la topographie. Il superpose intelligemment les programmes, sans créer de rupture de volumes, tout en misant sur une expression architecturale forte, avec ses grandes façades vitrées inclinées et ses protections solaires marquées. La lumière naturelle baigne généreusement l’intérieur. C’est un projet qui évoque autant le jeu que la rigueur, avec des parcours lisibles et une bonne intégration fonctionnelle, même si certains espaces extérieurs mériteraient un peu plus de générosité.
2ème rang, 2ème prix Fr. 40’000.- HT LE QUATRE DE TREFFLE
– MCARC SARL + ATELIER COTTIER SARL, Puidoux
– RLJ Ingénieurs-Conseils SA, Penthalaz
– BS Ingénieurs-Conseils sàrl, Lucens
– Srg Engineering Ingénieurs-Conseils Scherler, Le Mont-sur-Lausanne
Le projet n°29, Le Quatre de Trèfle, nous a séduit par son organisation spatiale maîtrisée et la manière dont il articule quatre volumes fonctionnels autour d’une colonne vertébrale centrale. Ce projet, très bien implanté dans le site, libère de généreux espaces extérieurs tournés vers la nature et dégage un sentiment de lisibilité et de clarté. Il propose aussi un dialogue subtil entre architecture et paysage. Sa matérialité est élégante, même si certains choix techniques nous ont apparu problématique, notamment pour les circulations et la surveillance des bassins.
1er rang, 1er prix Fr. 46’000.- HT PAPILLON
– d4 atelier d’architecture SA, Lausanne
– Lüchinger Meyer Partner AG, Lausanne
– Planeo conseils SA, Lausanne
Savio Michellod – Président du Jury du concours
Laisser un commentaire