Groupe E : Protégeons les intérêts de l’Etat et des citoyens de ce canton

Avec neuf autres collègues députés, nous avons déposé le mandat suivant.

En avril 2024, lors de la parution de ses comptes, le Conseil d’administration de Groupe E mentionnait un « investissement » futur de deux milliards de francs sous forme d’un emprunt bancaire. Le surendettement projeté par le groupe au travers d’une recherche de capitaux constituait un risque important. Celui-ci se posait alors la question de savoir quelle serait sa politique d’investissement qui permettrait de garantir à terme le remboursement de cette dette colossale.

Un an plus tard, non seulement les craintes ne se sont pas apaisées mais la situation s’est aggravée. Les comptes 2024 démontrent que l’endettement de Groupe E a augmenté de 650 % en un an. Le résultat opérationnel (EBIT) baisse pour la quatrième année consécutive et passe à 12 millions de francs, ce qui représente seulement 1.1 % du chiffre d’affaires. A titre de comparaison, BKW présente pour 2024 un EBIT de 27.3 % à 790 millions de francs et une perspective 2025 entre 650 et 750 millions de francs.

Les raisons de cette situation ne peuvent qu’accroître nos inquiétudes. Groupe E a perdu sur les gros chantiers et dans la chute des ventes de pompes à chaleur et des panneaux photovoltaïques, ce qui a entraîné le licenciement de 188 collaborateurs. Sa stratégie de rachat d’une soixantaine de sociétés s’est aussi révélée catastrophique et s’est conclue par la fermeture de sociétés dont R. Roubaty SA et FTH Services SA. Ce rachat d’entreprises et une politique de prix agressive ont affaibli le tissu économique de notre canton et des cantons voisins.

Les déclarations lénifiantes des dirigeants (cf. Rapport de gestion 2024 p. 5), au lieu de rassurer, donnent l’impression que la gravité de la situation n’est pas comprise. Face à ce constat, il paraît indispensable de vérifier de façon externe et indépendante la consolidation financière de Groupe E SA et des dizaines d’entreprises dont il est propriétaire.

Par ce mandat, nous demandons que le Conseil d’Etat, représentant du propriétaire, à savoir la population fribourgeoise, diligente un audit externe sur la situation financière de l’entreprise et des entités qui la composent. Ainsi seront déterminés les opportunités et les risques à court, moyen et long terme, ce qui permettra de procéder à d’éventuels ajustements et de limiter les risques d’un soudain surendettement à la charge du canton. L’audit appliquera les normes IAS 36 et procédera aux tests de dépréciations des actifs sur les 58 SA dont Groupe E est propriétaire. Cette pratique comptable de tests de bonne santé financière est en vigueur dans plusieurs cantons. Les SIG doivent le faire chaque année, à la demande du Grand Conseil genevois.

Par ce mandat, Le Grand Conseil, autorité suprême du canton (art. 94 de la Constitution fribourgeoise) veut se prémunir face au risque d’un sauvetage en catastrophe. Cet audit démontrera si la situation est bien sous contrôle et si la population fribourgeoise ne risque pas de devoir éponger les pertes.

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